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Achat immobilier

Acheter un bien classé F ou G : les vraies questions à se poser avant de signer

Un bien classé F ou G peut sembler une opportunité à prix réduit. Mais les risques sont réels : coût des travaux, interdiction de location, difficulté à revendre. Voici les questions que tout acheteur doit se poser avant de signer.

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Acheter un bien classé F ou G : les vraies questions à se poser avant de signer

Le marché immobilier 2026 regorge de biens classés F ou G affichés à prix décoté. Pour certains acheteurs, c'est une opportunité. Pour d'autres, un piège. La différence tient à la qualité de votre analyse préalable.

Voici les questions à vous poser — et les réponses honnêtes — avant de vous engager.


Question 1 : Quelle est la vraie décote de prix ?

Les biens classés F et G subissent une décote de marché croissante. Les études des notaires et des agences immobilières convergent :

Classe DPEDécote moyenne vs classe D
E-3 % à -5 %
F-8 % à -12 %
G-12 % à -20 %

Mais ces moyennes cachent de grandes disparités. Dans les zones tendues (Paris, Lyon, bordeaux), la décote est souvent inférieure à la moyenne nationale car la pression de la demande reste forte. Dans les zones détendues (villes moyennes, rural), la décote peut dépasser 20 % — et s'aggraver avec le temps.

À vérifier : Comparez le prix au m² du bien avec des biens similaires de classe D ou mieux dans le même secteur. Si la décote est inférieure à 8 % pour un bien F, le prix n'intègre pas encore complètement le risque réglementaire.

Analyser le DPE du bien et estimer le coût des travaux →


Question 2 : Quel est le vrai coût de rénovation pour atteindre la classe D ?

C'est LA question centrale. Trop d'acheteurs sous-estiment le budget travaux. La réalité :

  • Un logement F peut coûter 10 000 à 40 000 € de travaux pour atteindre la classe D
  • Un logement G peut coûter 25 000 à 80 000 €

La fourchette est large parce que tout dépend du point de départ : type de construction, systèmes de chauffage, état de l'isolation existante.

Les pièges fréquents :

  • Ne compter que les travaux évidents (changer la chaudière) sans intégrer l'isolation
  • Oublier les contraintes architecturales (immeuble classé, copropriété, murs de refend)
  • Sous-estimer l'impact du coefficient de conversion de l'électricité sur le DPE final

La règle d'or : Avant d'acheter, faites réaliser un audit énergétique par un professionnel sur le bien. Coût : 500 à 1 500 €, entièrement justifié avant un achat de 200 000 € ou plus.


Question 3 : Le bien est-il en copropriété ? Ça change tout.

Dans un immeuble en copropriété, les travaux les plus impactants (isolation façade, toiture, remplacement du chauffage collectif) dépendent d'un vote en assemblée générale.

Même si vous êtes convaincu de la nécessité des travaux, vous ne pouvez pas les imposer. Et si la copropriété est peu dynamique ou que certains copropriétaires s'y opposent, votre logement peut rester en classe F ou G indéfiniment — même après avoir réalisé tous les travaux intérieurs accessibles.

Questions à poser au vendeur et au syndic :

  • Y a-t-il un plan pluriannuel de travaux (PPT) en vigueur ?
  • Des travaux d'isolation façade ou de chauffage collectif sont-ils votés ou planifiés ?
  • Quel est l'état du fonds de travaux (obligatoire depuis 2017 pour les copropriétés de plus de 10 lots) ?
  • Y a-t-il des procédures en cours contre des copropriétaires débiteurs ?

Question 4 : Voulez-vous louer ce bien ? Vérifiez les délais

Si vous achetez ce bien pour le louer :

  • Classe G : vous ne pouvez pas mettre ce bien en location immédiatement depuis janvier 2025
  • Classe F : vous pouvez louer jusqu'en janvier 2028, mais pas au-delà sans rénovation
  • Classe E : vous pouvez louer jusqu'en janvier 2034

Implications pratiques :

  • Pour un G, les travaux doivent être réalisés avant la première mise en location
  • Pour un F que vous achetez en 2026, vous avez environ 2 ans pour rénover avant l'interdiction
  • Si vous envisagez de louer sans rénover, votre stratégie est illégale dès 2025 pour un G

Calcul de rentabilité réaliste : Intégrez le coût des travaux (avec les aides) dans votre calcul de rendement locatif. Un bien G qui nécessite 40 000 € de travaux avant location, acheté 180 000 € au lieu de 220 000 € pour un équivalent D, ne présente pas réellement une opportunité si les aides ne couvrent que 50 % des travaux.


Question 5 : Quel est le potentiel de revente dans 10-15 ans ?

Le marché immobilier évolue. La réglementation aussi. Les classes F et G seront de plus en plus stigmatisées dans les années à venir :

  • Extension probable des interdictions de location à la classe E en 2034
  • Possible obligation de travaux pour toute transaction immobilière (débattue au niveau européen)
  • Acheteurs futurs de plus en plus exigeants sur le DPE

Un bien que vous achetez F aujourd'hui et que vous revendez F dans 10 ans aura une décote encore plus importante qu'aujourd'hui. Si vous ne rénovez pas, votre « opportunité » d'achat peut devenir une moins-value à la revente.

Si vous rénovez, en revanche, vous bénéficiez d'une prime verte à la revente : les études montrent un premium de 5 à 15 % pour les biens bien notés (A, B, C) par rapport à la classe D ou E équivalente.


Question 6 : Les aides auxquelles vous avez droit compensent-elles vraiment ?

Les aides publiques (MaPrimeRénov', CEE, Éco-PTZ) peuvent considérablement réduire le coût des travaux. Mais leur accès dépend de votre situation et de celle du futur locataire :

Pour un usage personnel :

  • Aides basées sur vos revenus fiscaux de référence (ménage très modeste, modeste, intermédiaire, aisé)
  • Plus vos revenus sont modestes, plus les aides sont élevées
  • Éco-PTZ accessible sans condition de ressources

Pour un investissement locatif :

  • MaPrimeRénov' bailleur disponible mais avec engagement de location sous plafonds de loyer
  • CEE accessibles sans conditions particulières
  • Déduction des travaux en régime réel (avantage fiscal)

Simulation avant achat : Estimez le montant d'aides auquel vous avez droit avant de finaliser votre offre. Une simulation en ligne (simulateur ANAH, simulateur CEE) prend 10 minutes et peut modifier significativement votre calcul.


Question 7 : Êtes-vous prêt à gérer un chantier ?

Rénover un logement énergivore n'est pas un long fleuve tranquille. Les travaux peuvent prendre 3 à 12 mois selon leur ampleur. Pendant cette période :

  • Le logement est inhabitable (travaux importants) ou difficile à louer
  • Vous portez le financement des travaux avant remboursement des aides
  • Des imprévus peuvent surgir (découverte d'amiante, humidité structurelle, mise aux normes électrique)

Questions pratiques :

  • Avez-vous la trésorerie pour avancer les travaux ?
  • Avez-vous le temps et les compétences pour suivre un chantier ?
  • Avez-vous un réseau d'artisans RGE de confiance ?

Question 8 : Le DPE présenté est-il fiable ?

Avant de faire confiance à la classe DPE annoncée, vérifiez sa validité et sa cohérence.

Les signes d'un DPE potentiellement sous-évalué (classe meilleure que réelle) :

  • DPE récent réalisé juste avant la mise en vente
  • Classe F alors que des voisins similaires sont en G
  • Aucune description des matériaux isolants dans le rapport
  • Consommations annuelles très basses pour le type de logement

Un DPE sous-évalué peut être contesté par l'acheteur après la vente, avec des conséquences juridiques pour le vendeur — et des travaux supplémentaires pour vous.

Vérifier la cohérence du DPE présenté →


Le tableau de décision

SituationFeu vertPrudenceStop
Classe F, usage personnel, travaux prévus
Classe F, investissement locatif, aides calculées
Classe G, usage personnel, travaux financés⚠️
Classe G, investissement locatif sans plan de travaux🛑
Classe F en copropriété passive, location prévue 2028⚠️
Classe G en copropriété sans PPT voté🛑

Les bonnes pratiques avant d'acheter un bien F ou G

  1. Faites analyser le DPE : vérifiez sa validité et sa cohérence
  2. Commandez un audit énergétique avant signature (suspensive possible dans la promesse)
  3. Estimez les aides auxquelles vous avez droit selon votre situation
  4. Consultez le carnet d'entretien de la copropriété et le PPT
  5. Négociez le prix en intégrant le coût net des travaux (brut moins aides)
  6. Incluez une clause suspensive liée aux résultats de l'audit énergétique si possible

En résumé

Acheter un bien classé F ou G peut être une bonne décision si vous avez les yeux ouverts : coût réel des travaux estimé, aides calculées, contraintes de copropriété comprises, et stratégie de location ou revente cohérente avec la réglementation.

C'est une mauvaise décision si vous comptez sur une décote sans planifier les travaux, ou si vous espérez louer un bien G sans rénover.

L'outil le plus utile avant d'acheter : analyser le DPE du bien et obtenir une simulation des travaux et des aides.

Analyser le DPE d'un bien avant achat →